Entretien avec le philosophe syrien Sadik Jalal Al-’Azm

Entretien avec le philosophe syrien Sadik Jalal Al-’Azm

Point de Bascule propose une longue interview accordée par l’éminent philosophe syrien Sadik Jalal Al-’Azm au quotidien Al-Raya du Qatar. Il y discute de l’état lamentable de la pensée religieuse dans le monde musulman, de l’aspiration irrationnelle du mouvement djihadiste à la domination mondiale et au califat, de la charia comme loi martiale, du caractère nazi de partis politiques sectaires, du difficile processus de démocratisation dans le monde arabe, du respect indu envers les traditions arriérées, de la Turquie, du Hezbollah, du rôle des intellectuels dans le monde arabe et de la liberté de conscience.

Il s’agit d’un long texte. Pour le lecteur pressé, voici des extraits :

  • L’ignorance de l’establishment religieux islamique a empiré depuis que j’ai écrit sur ce sujet pour la première fois à la fin des années 1960
  • Le seul intérêt que Khomeiny a pris dans l’espace extra-atmosphérique était de savoir comment un musulman doit se prosterner et prier et comment il devrait jeûner s’il y reste pour une longue période de temps
  • Le Mufti saoudien Abd Al-Aziz Ibn Baz a déclaré que tous ceux qui disent que la terre tourne en orbite autour du soleil sont des apostats
  • Les mouvements djihadistes sont plus intéressés par la domination islamiste que la à la présence militaire occidentale
  • Je pense que le califat pourra revenir quand les Bourbons ou Louis XVI régneront à nouveau sur la France
  • La conception des islamistes quant à l’implantation de la charia est celle d’une loi martiale
  • Former des partis politiques sur une base sectaire n’est pas moins dangereux que former un parti sur une base raciale. Cela signifie un retour au nazisme
  • Si ce n’était de la laïcité de la Turquie, l’idée d’alternance des islamistes au pouvoir serait impossible
  • Le rôle des intellectuels est d’être la conscience de la société. Les religieux regardent ces questions en termes d’athéisme, d’hérésie, et ainsi de suite. Mais cela fait partie de la liberté de conscience de chaque homme
  • Il y a une sorte d’obséquiosité et de respect envers les traditions et les coutumes, mêmes celles qui sont arriérées
  • Aucune société n’est fondamentalement dotée d’une préparation naturelle pour la démocratie - la démocratie est un processus historique cumulatif

Lisez toute l’interview sur Point de Bascule en cliquant ici.

6 réponses à “Entretien avec le philosophe syrien Sadik Jalal Al-’Azm”

  1. On peut noter que les dissidents Syriens comme Sadik Jalal Al-’Azm commencent à se faire connaître !
    Notre Wafa Sultan est d’origine Syrienne aussi…
    Qu’arriverait-il si les allaouites (chiites) au pouvoir ASSAD AND CO étaient renversés ? Ils ne sont que 10 % et concentrent tous les pouvoirs et toutes les richesses de la Syrie alors que 90 % restants sont sunnites.
    Je crains que cela ne fasse hélas comme en Irak car il n’y a pas de Nation Syrienne mais une mosaïque de tribus diverses qui se feraient la guerre…

    Et si tous les problèmes du moyen-orient se résumaient à cela ? Une absence de Nations ? Un ramassis de chefs de guerre et de tribus ?

    Voilà sans aucun doute pourquoi l’islam peut s’étendre à loisir sans se diriger vers une démocratie : absence de notion de Nation !

  2. Nina nous dit
    “Un ramassis de chefs de guerre et de tribus ?..”

    chaud! chaud! tu brules !!

    et si tu permets j’ajouterais : et d’obédiences sectaires..

  3. Je pense que, en Occident, la notion de nation, et même d’Europe, est très récente (guerres de religion et traité de Westphalie). Avant cela, on parlait de la ‘chrétienté’.
    L’être humain a un besoin naturel à sentir qu’il fait partie d’un groupe avec lequel il partage une certaine ‘culture’, certaines ‘valeurs’ (dans le sens large). Dans notre partie du monde, nous sommes arrivés à détacher nos sociétés de la religion en créant ces sentiments ‘nationalistes’.
    Donc, à mon sens, la destruction des etats nations telle que la met en place l’UE est dangereuse, car elle pousse les populations a se refugier dans une autre appartenance (religieuse?)
    Je pense que l’oumma musulmane n’en est pas encore à developper un sentiment nationaliste. Evidement, un grand nombre de leurs pays sont soit très récents, soit ont des limites ‘artificielles’ qui datent de la decolonisation.
    C’est comme ca que je vois les choses. Qu’en pensez-vous?

  4. “elle pousse les populations a se refugier dans une autre appartenance (religieuse?)

    Dansk, c’”est une voie intéressante ,en effet..
    l’abandon de l’état nation pourrait y contribuer.

  5. DanSK, le débat que tu lances mérite d’être approfondi.

    Selon moi, il y a en effet un problème avec l’idée de “nation” : ne pas le confondre avec l’Etat-Nation qui a été la cause de bien des problèmes, car c’est quand on a cessé de penser la nation comme les Anciens Grecs la pensaient (c’est-à-dire une nation, plusieurs peuples) et qu’on s’est enfermé dans le concept fallacieux “d’Etat-Nation” que les nationalismes ont pu émerger, que le Vieux Continent s’est fait des guerres, des alliances, des contre-alliances, etc… et on a terminé aux guerres MONDIALES.

    (bien sûr, il y a tellement de circonstances spécifiques et de lourds héritage qui faisait de notre continent un navire difficile à diriger, et lent à se mouvoir)

    Alors lorsque les guerres sont devenues mondiales (il en a fallu deux bien méchantes), le traumatisme laissé en Europe fut si terrible qu’on décida d’éliminer le concept d’Etat-Nation, mais en vidant le bébé avec l’eau du bain : sans repenser le concept de NATION tout court, le concept fédéral (commencement économique, aucune visée politique, l’idée de l’Europe est morte en fait bien avant les guerres mondiales - HEY, pourquoi a-t-on fait une monnaie unique avant d’avoir une constitution, constitution d’ailleurs dans laquelle on a évacué le concept religieux au nom du… relativisme)

    Relativisme culturel, absence du politique au profit de l’économique, traumatisme tranquille des guerres mondiales, labourage socialiste, immigration incontrôlée, et surtout, absence de références de valeurs réelles.

    L’Europe n’a jamais existé, et mon point de vue est très pessimiste sur la question de son avenir..

    Soit elle se réveille, construit une vraie Europe chrétienne fédérale, soit elle se déconstruit (avec sa pseudo-construction qui réglemente la taille des concombres et s’élargira jusqu’à la Mongolie)et finit balkanisé, voire palestinisé….

  6. Comme pour illustrer certains de mes propos, je viens de tomber sur ceci : http://elisseievna.blogspot.com/2008/05/jean-claude-chesnais-europe-fausse.html

Laisser une réponse

Vous pouvez utiliser ces balises: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <code> <em> <i> <strike> <strong>