Interview de Sylvain Gouguenheim, auteur maudit.
Resilience TV a publié une interview de Sylvain Gouguenheim. Cet auteur fait l’objet d’un procès de Moscou de la part d’un certain nombre de ses pairs, pour avoir écrit dans son ouvrage « Aristote au Mont Saint Michel » que la connaissance des philosophes grecs ne nous serait pas nécessairement venue par l’intermédiaire de la religion musulmane. En voici des extraits.
Sur le même thème, nous vous invitons également à écouter cette émission d’Alain Finkielkraut avec Rémi Brague et Dominique Urvoy : L’islam a-t-il oui ou non, joué un rôle déterminant dans la formation de l’Europe.
Question : Un dénommé Pierre Assouline semble jouer un rôle central pour les pétitionnaires qui vous contestent, il tient à peu près ce langage sur son blog :
” Ce qui lui est reproché ? De présenter comme inconnu ce qui était déjà bien connu : à savoir le rôle joué par Jacques de Venise et les moines de l’abbaye du Mont-Saint-Michel dans la traduction des textes grecs en latin. De monter en épingle une prétendue vulgate (L’Europe doit ses savoirs à l’Islam) pour mieux la réfuter alors que nul historien sérieux ne prétend rien de tel “.
Qu’avez-vous à lui répondre ?
Sylvain Gouguenheim : L’argument a souvent été utilisé. En gros mes adversaires avancent deux théories, d’ailleurs contradictoires. 1° tout ce que j’ai dit était connu et il n’y a rien de neuf 2° tout ce que j’écris est faux.
Je ne présente pas comme inconnu ni comme une découverte le personnage et l’œuvre de Jacques de Venise et des autres traducteurs des textes philosophiques grecs de la première moitié du XIIe siècle. Ce sont tous les hommes qui ont traduit directement du grec en latin des textes philosophiques, scientifiques ou médicaux. Je dis simplement que ces traducteurs n’apparaissent guère dans les manuels scolaires et assez peu dans les manuels universitaires de base.
D’une manière générale si les spécialistes de ces questions de diffusion et de traduction du savoir grec connaissent Jacques de Venise, l’anonyme dit du Vatican ou autres (tels les traducteurs syriaques établis à Antioche et qui ont travaillé autour de l’an 1100), le grand public cultivé ne les connaît pas. Les travaux des spécialistes apparaissent dans ce domaine peu diffusés. Dès lors on ne retient que les traducteurs qui sont passés de l’arabe au latin, tel le célèbre Gérard de Crémone dans la deuxième moitié du XIIe siècle ou les autres traducteurs chrétiens ou juifs rassemblés à Tolède à l’époque de la Reconquête chrétienne en Espagne (après 1150).
La vulgate selon laquelle l’Europe doit ses savoirs à l’islam n’est pas une invention de ma part ! Elle existe bel et bien et on la trouve dans de nombreux livres, dans des articles de presse. J’aurais pu dresser une liste très longue et je me suis contenté de citations empruntées à des gens sérieux. Incontestablement si j’avais fait un florilège on aurait bien vu que je n’inventais rien.
Distinguons toutefois deux vulgates. La première veut que grâce aux Arabes, le savoir grec ait transité du monde abbasside à l’Europe, autrement dit que des traductions effectuées du grec en arabe soient ensuite venues à la connaissance des Européens qui les auraient alors traduites de l’arabe en latin. Ce phénomène est incontestable, très important, et je ne l’ai jamais nié.
Il est bien établi, bien connu et se trouve abondamment relaté dans les manuels d’histoire, y compris ceux des classes de 5e de nos collèges. Mais ce phénomène comporte une dimension qui elle est en général peu présente, sur laquelle on n’insiste pas, ou qu’on escamote totalement. Ces traductions du grec en arabe ont été faites par des chrétiens syriaques arabisés ou par des Arabes chrétiens. Autrement dit on les doit à des Arabes, ou à des gens dont l’idiome de communication était l’arabe, mais pas à des musulmans.
L’œuvre des musulmans se situe dans l’utilisation, le commentaire, l’exploitation des travaux des Grecs, pas dans la traduction de ces travaux. Cela est un phénomène historique, qui peut avoir de nombreuses explications, et qui n’implique pas de jugement de valeur positif ou négatif.
La deuxième vulgate attribue à l’islam ce que la première attribue aux Arabes. Elle est parfois le fait de spécialistes lorsqu’ils s’expriment un peu vite, elle est le plus souvent le fait de vulgarisateurs. Cette deuxième vulgate me semble beaucoup plus discutable.
D’abord il faut s’entendre sur le mot islam et ce qu’il désigne : s’agit-il de la religion ou de la civilisation engendrée par cette religion ? Autrement dit, l’Europe doit-elle la redécouverte du savoir grec à la religion musulmane ou à la civilisation musulmane ? Il me semble que la distinction n’est pas inutile. La religion musulmane, les religieux, les docteurs de la foi, n’ont pas eu de souci particulier envers le savoir grec ou romain.
L’Europe n’a donc pas reçu de la religion musulmane le savoir grec.
Question : Les pétitionnaires de l’ENS vous reprochent enfin ceci :
“L’ouvrage de Sylvain Gouguenheim contient un certain nombre de jugements de valeur et de prises de position idéologiques à propos de l’islam”…
Sylvain Gouguenheim : Jugements de valeurs ou prises de position idéologiques disent-ils alors qu’eux-mêmes ne cessent d’exprimer de tels jugements de valeurs. Ils se font les laudateurs du monde abbasside et les contempteurs de l’Occident latin. Ils idéologisent un problème scientifique compliqué uniquement pour des raisons politiques.
Certains d’entre eux parce qu’ils sont convaincus de la supériorité intrinsèque de l’islam sur la civilisation européenne médiévale ; d’autres parce qu’ils craignent que la moindre critique du monde musulman médiéval n’alimente les tenants d’une guerre des civilisations contemporaines.
Autrement dit, il faudrait reconnaître que le monde européen a une dette envers le monde musulman, afin d’établir de nos jours les relations pacifiques que tout le monde souhaite.
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Très intéressante interview. On connait tous les méthodes détestables des gauchislamistes à vous discréditer au nom de la pensée unique, mais les relire fait toujours froid dans le dos. Il faut soutenir M. Gouguenheim.
Très intéressant. J’en prend acte. Le professeur d’histoire de ma fille au collège n’a qu’à bien se tenir lorsqu’il va aborder cette période.
A l’iufm, les formateurs se contentent de vous déclarer que S. Gouguenheim est, je cite, “d’extrême-droite”. Il va sans dire que l’insulte a valeur d’argumentation. Malheur au candide stagiaire à qui viendrait l’idée de protester et défendre la vérité (et l’honneur d’un chercheur)… De toute manière, un tel stagiaire n’existe sans doute pas. La curiosité intellectuelle est rare… et l’opacité de la sélection qui s’opère lors de l’année de probation vous incite à la prudence… en attendant la titularisation…
“vous incite à la prudence”. J’aurai dû écrire : à la lâcheté. Et je bats ma coulpe.
profs d’histoire ? laissez-moi rire : j’ai traversé le collège et une partie du lycée, persuadé que le communisme était le seul système politique juste et équitable.
Des morts, pas un mot !
C’est vrai qu’il ne dit rien de nouveau, Anne-Marie Delcambre a déjà écrit sur le sujet.
Mais en fait ce qu’on lui reproche, c’est de faire de la vulgarisation (pas péjoratif au contraire), autrement dit de permettre au vulgum pecus de se rendre compte qu’on le prend pour un con, en démontant les mensonges prônés par ceux qui sont en train de réécrire l’histoire pour la rendre conforme à l’idéologie du “vivrensemble”, le nouveau totalitarisme. Evidemment quand vous refusez cette falsification, vous êtes “d’extrême-droite” (qualificatif fourre-tout) et sûrement un nazi en puissance, ça s’appelle le terrorisme intellectuel, Jean Sévilla l’a très bien décrit.