Une femme belge en guerre pour Al-Qaïda sur le web, une traduction exclusive Bivouac-ID

Malika El Aroud
Malika El Aroud près de son ordinateur dans son salon chez elle à Bruxelles en avril. La bannière en arabe sur le mur signifie : Il n’y a pas d’autre dieu qu’Allah et Mohammed est son messager. (Hazel Thompson pour le New York Times)

Traduction Bivouac-ID

BRUXELLES : Dans la rue, on ne reconnaît pas Malika El Aroud sous son voile noir qui la couvre toute entière, sauf les yeux.

Dans sa salle de séjour, El Aroud, une Belge de 48 ans, a l’apparence ordinaire d’une femme d’âge mûr : tee-shirt noir sans fioritures, pantalon, cheveux bruns bouclés. Seule fantaisie : des pantoufles bleu-gris avec “SEXY” brodé en lettres d’or.

Mais c’est sur internet qu’El Aroud s’est distinguée. Ecrivant en français sous le nom de plume de Oum Obeyda, elle est devenue l’une des djihadistes de l’internet les plus en vue d’Europe.

Elle se fait appeler guerrière sainte d’Al-Qaïda. Elle prend bien soin de dire qu’elle ne diffuse pas de leçons pour fabriquer des bombes et qu’elle n’a nulle intention de prendre les armes elle-même. Au lieu de cela, elle pousse les musulmans à aller se battre, et rallie les musulmanes à la cause.

« Il ne m’appartient pas de faire sauter les bombes — c’est ridicule », révèle-t-elle dans une de ses rares interviews. « Je possède une arme. Ma plume. Ma langue. C’est ma guerre sainte. On peut faire beaucoup de choses avec des mots. Ecrire, ça aussi c’est une bombe. »

El Around ne s’est pas seulement taillé une réputation parmi les fans des forums radicaux où elle diffuse ses messages de haine envers l’Occident. Elle est aussi bien connue des services de contre-espionnage européens sous le simple nom de “Malika” — une islamiste à la pointe du mouvement féminin qui vise à prendre une plus large part dans le monde de la guerre sainte, dominé par les hommes.

Les autorités ont remarqué une augmentation des attentats-suicides commis par les femmes. L’armée américaine rapporte que 18 femmes ont mené à bien des missions-suicides en Irak cette année, comparé à 8 seulement pour toute l’année dernière, mais elle dit qu’il existe aussi une armée, moins violente mais potentiellement plus insidieuse, d’organisatrices, de propagandistes, d’enseignantes, de traductrices, et de collectrices de fonds, qui tantôt rejoignent leurs maris dans la lutte, tantôt prennent leur place quand ils sont tués ou emprisonnés.

« Les femmes sont en train de faire leur baptême du feu dans la guerre sainte, et d’entrer dans un monde qui était réservé aux hommes », a dit Claude Moniquet, président de l’ESISC (Centre Stratégique Européen pour la Sécurité et le Renseignement), sis à Bruxelles. « Malika est un modèle à suivre, un symbole, suffisamment hardie pour oeuvrer sous son propre nom. Elle joue un rôle stratégique très important en tant que source d’inspiration. Elle est très intelligente – et extrêmement dangereuse. »

massoudC’est un homme qui est la cause de son ascension vers la célébrité. L’avant-veille des attaques du 11 septembre 2001, son mari commit, à l’instigation d’Oussama ben Laden, un attentat à la bombe en Afghanistan qui tua le seigneur de guerre Ahmed Shah Massoud, ennemi des talibans. Son mari fut tué, et elle se tourna vers internet en veuve de martyr.

S’étant remariée, elle et son nouveau mari furent condamnés en Suisse, pour avoir monté des sites Web partisans d’Al-Qaïda. Aujourd’hui, selon les autorités belges, elle est soupçonnée de faire partie d’un complot visant à effectuer un attentat en Belgique.

« Le Vietnam n’est rien à côté de ce qui vous pend au nez dans nos pays », écrivait-elle en mars, à l’intention des occidentaux, à propos des guerres en Irak et en Afghanistan. « Dites à vos mères et à vos femmes de commander vos cercueils ». Elle ajoutait à l’intention de ses fidèles: « La victoire apparaît à l’horizon, mes frères et mes soeurs. Redoublons nos prières .»

Ses écrits prolifiques et sa présence sur les tchats de l’internet, conjugués à son passé, lui attirent les éloges et la sympathie. « Soeur Oum Obeyda est la vertu même parmi les vertueux; sa vie est consacrée au bien sur cette Terre », écrivait l’année passée un dénommé Juba.

L’essor des femmes se produit sur un fond de discrimination dont l’islam radical est imprégné. Mohammed Atta, un terroriste du 11 septembre, écrivait dans son testament : « qu’il n’y ait pas de femmes à mes obsèques, ni à venir sur ma tombe par la suite ». Le mois dernier, Ayman al-Zawahri, le second d’Al-Qaïda, disait dans une interview en ligne que les femmes ne pouvaient pas adhérer à Al-Qaïda.

En réponse à cela, une femme écrivit sur un site Web radical à accès restreint que « cette réponse n’était pas celle que nous attendions », ajoutant, selon le groupe de surveillance SITE, « Je fais serment à Dieu de ne jamais abandonner ce chemin et ce but. »

L’évolution du rôle des femmes dans ce mouvement est particulièrement visible dans les pays occidentaux, où les femmes musulmanes ont appris à exiger leurs droits et où les hommes musulmans sont plus habitués à les traiter en égales.

El Aroud est le reflet de cette tendance. « Normalement, dans l’islam, les hommes sont plus forts que les femmes, mais moi je prouve que ce qui est important c’est de craindre Dieu et personne d’autre », dit-elle. « Il est important que je sois une femme. Il y a des hommes qui ne veulent pas s’exprimer parce qu’ils ont peur d’avoir des ennuis. Moi je m’exprime, même si ça doit me créer des ennuis. »

Après tout, dit-elle, elle connaît les règles. « J’écris de façon légale » dit-elle. « Je sais ce que je fais. Je suis belge. Je connais le système. »

Ce système a souvent été indulgent avec elle. Elle a été interpellée en décembre dernier avec 13 autres individus, soupçonnés de projeter l’évasion d’un détenu terroriste de sa prison et de monter un attentat à Bruxelles. Mais la loi belge a exigé leur libération au bout de 24 heures, car aucune accusation n’avait été portée et les recherches n’avaient pas révélé d’armes, d’explosifs ou de documents les mettant en cause.

Désormais, bien que demeurant sous surveillance permanente, El Aroud est chez elle, occupée à rallier des militants sur son site web, et percevant plus de 1 100 dollars mensuels d’allocations chômage.

« Son djihad ne consiste pas à conduire une opération, mais à inspirer d’autres personnes à mener le djihad » a déclaré Glenn Audenaert, directeur de la police fédérale belge. « Elle bénéficie de la protection que la Belgique offre. Dans le même temps, elle constitue une menace potentielle. »

Née au Maroc, élevée depuis son plus jeune âge en Belgique, El Aroud ne semblait pas destinée au djihad.

En grandissant, elle s’était révoltée contre son éducation musulmane, a-t-elle écrit dans un article autobiographique. Son premier mariage à l’âge de 18 ans fut bref et malheureux. Elle eut plus tard un enfant en dehors du mariage.

Elle n’était pas capable de lire en arabe, mais sa découverte du Coran en français l’a amenée à embrasser une interprétation rigoureuse de l’islam, et finalement à épouser Abdessatar Dahmane, un tunisien fidèle à Oussama ben Laden.

malikaDésireuse de devenir une guerrière sur les champs de bataille, elle espérait combattre aux côtés de son époux en Tchétchénie. Mais les tchétchènes « voulaient des hommes super bien entraînés » dit-elle. « Ils voulaient encore moins de femmes. ». En 2001, elle suivit son époux en Afghanistan. Tandis qu’il s’entraînait dans un camp d’Al-Qaïda, elle était installée dans un camp pour femmes étrangères à Jalalabad.

Selon elle, les talibans constituaient un gouvernement islamique modèle, et les rapports sur les mauvais traitements subis par les femmes étaient mensongers. « Les femmes n’avaient de problème sous les talibans », insista-t-elle. « Elles avaient la sécurité. »

Sa seule révolte fut contre la burqa, ce vêtement contraignant que les talibans imposaient aux femmes, et qu’elle appelait « un sac plastique ». En tant qu’étrangère, elle fut autorisée à porter un long voile noir à la place.

Consécutivement à la mission de son époux, El Aroud fut brièvement détenue par les partisans de Massoud. Effrayée, elle fut mise en contact avec les autorités belges qui s’arrangèrent pour la faire rentrer saine et sauve chez elle.

« Nous l’avons sortie de là, et nous pensions qu’elle coopèrerait avec nous » a déclaré un membre haut placé des services secrets belges. « On a été trompés. »

Le juge Jean-Louis Bruguière, qui était le haut magistrat antiterroriste français de l’époque, a déclaré avoir interrogé El Aroud, car les enquêteurs la soupçonnaient d’avoir expédié à son mari du matériel électronique qui servit dans l’assassinat. « Elle est très radicale, très rusée et très dangereuse » dit-il.

El Aroud fut jugée avec 22 autres individus en Belgique pour complicité dans l’assassinat de Massoud. Se présentant en veuve éplorée portant un voile noir, elle convainquit la cour qu’elle s’était consacrée au travail humanitaire et ne savait rien des projets de son époux. Elle fut acquittée faute de preuves.

La mort de son époux la propulsa cependant dans une nouvelle vie. « La veuve d’un martyr est très importante pour les musulmans » dit-elle.

mailka et garsallouiElle se servit de ce statut spécial pour rencontrer ses nouveaux « frères et sœurs » sur le web. L’un d’entre eux était Moez Garsalloui, un tunisien de plusieurs années son cadet qui avait le statut de réfugié politique en Suisse. Ils se marièrent et s’installèrent dans un petit village suisse. Là, ils lancèrent plusieurs sites web et forums partisans d’Al-Qaïda, que les autorités suisses surveillèrent dans le cadre de la première affaire de cybercriminalité du pays.

Suite à une descente de police à leur domicile et leur arrestation au petit matin d’un jour d’avril 2005, El Aroud se répandit sur ce qu’elle appela leurs mauvais traitements.

« Regardez ce que ce pays qui se prétend neutre nous fait endurer » écrivit-elle, en prétendant que la police avait battu et bandé les yeux de son mari, et l’avait malmenée tandis qu’elle dormait sans voile.

Reconnue coupable en juin dernier d’avoir fait l’apologie de la violence et d’avoir soutenu une organisation criminelle, elle s’est vue condamnée à une peine de 6 mois avec sursis. Garsalloui qui fut reconnu coupable d’accusations plus lourdes, fut relâché au bout de 23 jours.

En dépit de la notoriété de El Aroud, c’est une fois encore en son époux que les autorités voient une plus grande menace. Elles le soupçonnent d’avoir recruté pour les attentats que l’on redoutait en décembre dernier au moment de Noël, et d’être en relation avec des groupes terroristes opérant dans les zones tribales du Pakistan.

Les autorités disent avoir perdu sa trace après sa libération de prison l’an dernier en Suisse. « Il est en voyage », dit évasivement El Aroud lorsqu’on lui demande où se trouve son mari. « En voyage. »

En attendant, ses affirmations sur la persécution que lui ont fait subir les suisses lui ont conféré un surcroît de stature. Le site internet « La Voix des Opprimés » la décrit comme « notre sainte guerrière du 21e siècle. »

Nizar TrabelsiLe dernier démêlé d’El Aroud avec la justice témoigne d’une plus grande participation des femmes dans le terrorisme. Lorsqu’elle a été arrêtée en décembre dernier dans le cadre du complot présumé visant à faire évader Nizar Trabelsi, ancien joueur de football professionnel condamné pour terrorisme, El Aroud était l’une des trois femmes arrêtées aux fins d’interrogatoire.

Bien que l’identité des détenues n’ait pas été rendue publique, les autorités belges et d’autres personnes proches de l’affaire ont déclaré que, parmi les détenues, se trouvaient l’épouse de Trabelsi et Fatima Aberkan, une amie d’El Aroud de 47 ans qui est mère de sept enfants.

« Malika est une source d’inspiration pour les femmes parce qu’elle dit aux femmes de cesser de dormir et d’ouvrir les yeux », dit Aberkan.

El Aroud agit depuis son trois-pièces au-dessus d’un magasin de vêtements dans un quartier ouvrier de Bruxelles où elle passe son temps à communiquer avec ses partisans sur son forum principal, Minbar-SOS.

Bien qu’elle insiste sur le fait qu’elle n’enfreint pas la loi, elle sait que la police la surveille. Et si les autorités trouvaient un moyen de la mettre en prison, elle déclare : « Ce serait formidable. Ils feraient de moi une martyre vivante ».

Article d’Elaine Sciolino et Souad Mekhennet
Source : International Herald tribune du 27 mai 2008.
Traduction par Bivouac-ID

Complément d’information :

Un extrait des actualités de 2005
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54 réponses à “Une femme belge en guerre pour Al-Qaïda sur le web, une traduction exclusive Bivouac-ID”

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  1. les lois de la belgique sont mal faite,,, pour moi,,,une seul chose, si je suis gentil avec cette grue,l,envoyer au yemen,arabie,pakistan, si suis une ordure comme elle,,, une balle dans la tête,,,,mais la belgique doit rèspecter les accords intérnationnaux faites,suis un musulman,mais c,est pas l,islam ça,votre faute les belges,,,, vous avez laisser rentrer chez vous des serpents,,,,surtout les riffs,,,,

  2. Elle avait une vie de m…, maintenant elle a trouvé une raison de vivre, elle existe, on s’intéresse à elle, elle passe à la télévision, elle lit son nom dans les journaux(quand on pense que les femmes musulmanes doivent rechercher la modestie, mais passons). Sa raison de vivre c’est détruire, mais en attendant cela lui permet d’exister. C’est ce qu’elle a choisi : écouter son orgueil plutôt que son humanité.
    Un charter s’il vous plaît, c’est pour emporter.

  3. @ Thot Har Megiddo, elle fait partie de ces gens à la recherche d’une reconnaissance. Certains paumés sont capables de tout pour devenir des “stars”. Y compris le meurtre quand ils échouent aux castings de “la nouvelle tare”. Je ne doute pas qu’une pourriture vomitive style Fofana reçoive moult félicitations et demandes en mariage. Tuez, violez, torturez, vous deviendrez une icône, un héros, vous marquerez de votre passage l’histoire avec un petit h, une grande hache et un chouia de hasch! Massacrez au nom de la Secte et des millions de fidèles vous porteront sur un piédestal à bout de bras.
    Bon, je dois vous laisser, autrement ma tarte va cramer, celle que je compte balancer sur la tronche de Cuvette Chabot. Ben oui quoi, pourquoi j’aurais pas moi aussi ma part du gâteau? Et elle aussi au passage, car elle le vaut bien non? Cette lauréate de la désinformation et de la mauvaise foi qu’elle aille se faire shampouiner!

  4. Elle avait profité de la vie avant d’appeler au meurtre ! Toujours pareil avec les lubriques, pour se pardonner à elle-même leur faiblesse, elles appellent à châtier les autres.
    je n’ai pas bien compris pour la tarte : vous parlez d’Arlette, ou d’une recette culinaire ? : )

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